Rétrospective Annecy 2025


Endless Cookie, de Seth & Peter Scriver (2025) 

Entreprise complètement frappée de proposer un mélange entre du Rick & Morty ouvertement psychonautique et du South Park sauce inclusive, cet OVNI à l'animation sympa pèche par son rythme décousu et ses propos farfelus, voire cryptique.

Ça va à mille à l'heure tout en donnant un air pachydermique à un ensemble qui frise le verbeux, de sorte que le-a spectateur-ice se retrouve souvent perdu-e dans ce déversement linguistique ininterrompu presque inarrêtable.

Des remarques émouvantes sur ce qui fait famille ne compense pas une construction déroutante et ce rythme hybride qui désarçonne.

Pour âme prévenue d'une expérience garantie de vous interloquer.

Planètes, de Seto Momoko (2025)

Ambitieux tel 2001: L'Odyssée de l'Espace (même notion d'exploration dans son titre anglais), cette aventure tambour battant vers un nouvel oasis va au-delà du post-apo en prenant la route du space-opéra optimiste.

Personnages non-humains muets (végétaux, bestiaire) incarnés avec textures à la manière de Flow ; paysages au rendu documentaire organique à couper le souffle ; BO impeccable ; etc. : autant d'éléments qui firent logiquement remarquer le film à Cannes.

Actioner "avec des plantes" passé par toutes les étapes du festival annécien année après année, cette prod' 🇫🇷-🇧🇪, aussi tournée en prise de vue réelle (pendant +/- 9 mois), est d'une grande pureté narrative. La filiation de Planètes avec son aîné Microcosmos ne l'empêche pas de se démarquer en proposant une expérience gigacosmique d'une originalité indéniable.

Beau, poétique, vertigineux et rafraîchissant: un candidat sérieux au différents prix d'animation des festivals auxquels Planètes est passé, malheureusement reparti bredouille à la faveur du rival Arco.


Se présentant ouvertement comme un délire, cette animation en papiers découpés creuse le sillon des expérimentations d'Harry Smith.

Le ton, azimuté, déroutant, mélange l'absurdité des Monty Python, la verve caustique de South Park et bris du 4e mur.

La photo travaille les flous artistiques, le montage les faux-raccords (au bord de l'épilepsie), le sound design les dissonances. La tentative esthétique, intéressante avec des visuels marquants, pèche par le non-sens de sa linguistique: le film se suit en langue chinoise avec des sous-titres fidèles à la parole, tandis que les autres langues parlées sont mal traduites à dessein.

Entre satire historique, fantastique et SF, ce gloubi-boulga bizarre, inégal, voire indigeste, a précipité le départ de la salle de ciné de nombreux-ses spectateur-ices, agacé-es de ne rien comprendre, ou démotivé-es du fait qu'il n'y avait en effet rien à comprendre.
Pour curieux-ses avisé-es.

La Mort N'existe Pas, de Felix Dufour-Laperrière (205)

Sorte d'Akira québécois en forêt, La Mort N'existe Pas prend plutôt la direction de la fantasmagorie et du film à boucle que celui de la SF techno.

Commençant comme une visite de musée, ce thriller fantastique et mélancolique adopte un rythme très lent. S'installent différents tableaux contemplatifs mais bavards, tandis que les choix de colorimétrie désarçonnent, avec ces personnages qui se drapent des mêmes teintes que les décors (ocre, cramoisi) à mesure que les lieux et les horaires évoluent.

Ce film, à la volonté sincère de convaincre à travers sa réflexion autour du défi que pose le rapport citoyen/autorité, autour du temps qui passe et la possibilité de s'en extraire, m'a ennuyé narrativement, mais grandira sûrement en moi par ses qualités esthétiques très particulières. 

Pas dénué d'intérêt.

Allah N'est Pas Obligé, de Zaven Najjar (2025)

Adapté du roman d'Ahmadou Kourouma (🇨🇮), ce joyau de la sélection officielle du festival d'Annecy 2025 est un véritable coup de poing de génie.

Par une narration mêlant voix-off et flashbacks, le public est jeté au cœur de l'enfer de la géopolitique africaine des années 90. Tout y passe: statut de la femme, poids de la religion, surarmement de la population civile, patriarcat, rêve américain, existence et devenir des enfants soldats.

À ne pas soumettre à toutes les rétines, le film de Zaven Najjar pourrait paraitre un hommage à l'humanité bafouée. Il fait cependant quelque chose de bien plus rare: laisser à voir une réalité oubliée des manuels scolaires, porter l'attention sur le brasier caché mais bien vif qui brûle derrière l(es)' histoire(s), indiviuelle(s) et collective(s), de populations écorchées par les dynamiques cruelles de survie dont l'occident est en sourdine complice.

FFO: Lord of War (Niccol), Allah n'est pas obligé, par son brio narratif et visuel, devrait devenir un de vos incontournables.

Énorme coup de cœur.




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