The Mastermind, de Kelly Reichardt (2025)
Systématiquement chez Kelly Reichardt et de manière méta, il y a une redéfinition de ce qui constitue les pourtours de l'Americana. Après l'environnementalisme, la Destinée Manifeste, le monde de l'art contemporain, une des voix d'autrice les plus vivaces de son pays propose une variation autour du heist-movie, avec ce titre-leurre qui conduira le-a spectateur-ice à apprécier méditativement les failles d'un personnage principal franchement peu sympathique, et parcourir avec lui un chemin de perdition que ne renierait pas Jack Kerouac.
Comme souvent, la cinéaste s'apesentit de manière talentueuse et éminemment picturale, sur le brossage de portrait d'un certain genre masculin (déjà sublimes dans Old Joy, Night Moves ou First Cow): homme de famille, de communauté, en rupture avec son milieu et son époque, le cerveau éponyme se perd dans les marges sans que l'on perce réellement les motivations qui l'y poussent. Ce naturalisme distancié est la marque de fabrique de la réalisatrice, qu'elle décline sans jamais se répéter.
Toujours au carrefour des genres, Reichardt transcende ceux-ci comme à son habitude, ici en invitant à une errance profondément désabusée dans la géographie d'États-Unis ravagés socialement par l'horreur du Vietnam sous Nixon. Assez inédit dans la filmographie de l'artiste, ce désespoir latent frisant le nihilisme se transforme en un jalon incomparable dans une œuvre poétique devenue considérable, qui mérite qu'on la programme auprès du public scolaire.
Du casting, au score jazzy, en passant par la maîtrise jusqu'au-boutiste de la trinité montage-scénario-mise en scène par la cinéaste elle-même (elle y tient), The Mastermind est un film indépendant très réussi, notamment dans son final faramineux.
Bravo à l'équipe.
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